|
|
 |
Vendredi 9 Mai 2008 |
|
 |
 |
Témoignage |
 |
 |
| |
 |
|
|
Ce matin, ton petit frère
est mort
Comme chaque jour, il est sorti de la
maison à 8h15. Comme chaque jour, ta mère le regarda s’éloigner, admirant ce
petit bout de bonheur, son petit bout de bonheur. C’était le dernier de la
famille. Autant dire qu’il était choyé. Il portait sa veste bleue, celle que
tu lui as offerte. Comme chaque jour, il s’arrêta chez la boulangère pour la
saluer. Tout à l’heure, en rentrant à la maison, tu as retrouvé sa
chambre: froide, son lit: vide, pleine de ses rires, de ses larmes, de ses
joies et de ses peines. Ton soleil s’est éteint. L’hirondelle qui faisait le
printemps à la maison a migré vers l’autre monde, happée par la haine.
Quelques grammes de plomb ont suffi pour emporter 1 m 30 de malice, 30 kilos
d’innocence et 8 ans de ta vie. Huit années qui ne seront plus qu’un
souvenir. Ton frère aurait pu devenir ton ami, ton compagnon. Il ne sera que
passé. Te souvenir et pleurer. Tu pleures et cries ta rage. Tu veux fermer
la porte de la réalité, celle qui t’a pris de court, qui ne t’a même pas
consulté. Tu veux rester là, seul, assis sur cette chaise, dans cette pièce
vide, où gisent les restes d’une présence désormais lointaine. Dans ta tête
: le néant total. Rien, plus rien. On t’a enlevé ton frère. Tu l’aimais
tant. Il est mort. Mort. Mort. Mort. Il est parti, ce matin. Un de ces
matins qui se ressemblent, un de ces matins où, au détour d’une allée, il
rencontrait ses camarades écoliers, chahutant les uns les autres, et
rejoignait dans l’insouciance les bancs de l’école. Tu ne le reverras
plus. Même en tes rêves, il te fuira. Tu l’imagines derrière la porte. Il
s’avance pas-à-pas. Il n’a pas fait quelques mètres que d’horribles cris
t’arrachent à ta torpeur, et te figent totalement. Tu es d’autant plus
effrayé que cette voix te paraît familière. Pris de bouffées de chaleur, tu
tentes néanmoins de te reprendre. Les hurlements se rapprochent et
t’affligent. A cet instant, c’est en toi que résonne cette voix. Toutes ces
lamentations, toutes ces plaintes, tous ces cris. Tu les connais. Ce sont
les tiens. Mais pourquoi aujourd’hui ? pourquoi lui ? pourquoi ? pourquoi ?
pourquoi ? Tu vacilles. On se rapproche de toi. Tes jambes
tremblent. Tu sens sa présence. La sueur t’aveugle. Il est là. Tu titubes. A
sa vue, tu t’écroules soudainement et éclate en sanglots. Tu pleures de
n’avoir pu le sauver. Les genoux à terre, le front à même le sol, tu gémis.
Tu ne peux rien dire. Les phrases se bousculent dans ta tête. Les mots
n’arrivent pas à ta bouche. Mais tes yeux sont assez éloquents. On y lit la
douleur, les remords et l’émoi. Mais il est trop tard. Son
petit frère est mort. Car le tien est toujours là. Lui vivait à Naplouse,
Ramallah, Beit Jala ou Gaza. Toi tu es à Paris, Lille, Lyon ou Marseille. Tu
n’es pas coupable, c’est vrai. Tu n’as pas tiré. Mais dans cette balle, il n
’y avait pas que du plomb. Dans cette balle, il y avait ton
indifférence. Son petit frère est mort.
Et ne dites pas de ceux qui sont tués
dans le sentier d'Allah qu'ils sont morts. Au contraire ils sont
vivants, mais vous en êtes inconscients.
(S2.V154) Si tu penses nécessaire de
diffuser ce texte, diffuse-le Fateh wassalamou alaykoum
warahmatoullah wabarakatouh
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|